Et pourtant les masses croient en la démocratie

Venezuela : la fin de l’âge d’or (IV)

samedi 12 août 1972

  STEPCZYNSKI Vladimir     JOURNAL DE GENÈVE

Caracas, ce pourrait être aussi bien San Francisco ou Sao Paolo. Hideuse et magni­fique tout à la fois, la capitale vénézuélienne déborde partout de son écrin naturel formé des collines qui l’enserrent. Elle s’insinue dans les vallées latérales où elle donne naissance à de nouvelles villes reliées par de somp­tueuses autoroutes urbaines à plusieurs ni­veaux. Seul moyen pratique pour se rendre d’un endroit à un autre dans cette mégalopole aux rues sans nom et sans numéro : le taxi collectif dans lequel on s’entasse et qui roule à tombeau ouvert en donnant du klaxon et en brûlant tous les feux rouges. (Voir « Journal de Genève » des 9, 10 et 11 août 1972.)

A Caracas vit une population dont on ne sait si elle représente le quart ou le tiers de celle du Venezuela. L’estimation est vague parce que l’on ne connaît ni le chiffre exact de la popula­tion du pays, ni celui des habitants de Caracas : le premier va de neuf à onze millions, le second de deux millions et demi à trois millions et demi. Dans un cas, la marge d’incertitude est constituée par les populations des régions reculées (Indiens, llaneros, nomades) d’un pays vingt fois plus étendu que la Suisse, dans l’autre elle est due au mouvement incontrôlable d’immigration urbaine qui fait affluer vers les grandes villes, et plus spécialement vers Caracas, des dizaines de milliers de paysans chassés par la réforme agraire et attirés par l’opulence qui émane de la capitale.